LE BREITHORN

28 et 29 Avril 2007

 

C'est un week-end en haute montagne avec comme objectifs marcher jusqu'au Breithorn et décoller de ce sommet pour atterrir à Breuil Cervinia. Ceci a été imaginé par Thierry Guillard le cafiste, conjointement organisé avec Pierre Lauzière du club de Gréolières. Le groupe était composé de 17 personnes (3 nanas et 14 gugus). 15 personnes ont pris la route le samedi matin et 2 étaient déjà sur place. Le rendez-vous sur le parking était pour 6h45. Nous prîmes la route avec seulement 4 voitures et sommes arrivés à  Breuil Cervinia en fin de matinée. Après un petit tour dans le village, nous prîmes la télécabine qui nous monta tout prêt du Refuge Teodule où nous passerons la nuit. Nous avons le choix de faire d'emblée une rando ou se détendre. 16 personnes sur 17 prirent la décision de marcher et pourquoi pas voler si les conditions s'y prêtent. La marche fut difficile pour moi, j'étais à la peine .. le bon dernier qui fermait la marche car ma condition physique ne me permettait pas d'être à la tête ou même dans le peloton. Cette marche m'a permis de voir l'étendue du domaine skiable et la beauté de ce site avec ses multiples reliefs, de penser aussi au lendemain et savoir ce qui m'attendait car la rando du dimanche sera plus longue donc plus difficile que celle que nous étions en train de faire. J'avais un avant goût de la galère qui m'attendait mais je m'accrochais à poursuivre et peut-être décoller. La marche se termina à un endroit que nous avions jugé interessant pour l'envol. Les conditions n'étaient pas top car au fil de notre progression une forte brume locale s'installait et nous empêchait de nous mettre en l'air. Malgré cela Jerome prépara son aile pour décoller dès qu'une ouverture se présenterait à lui. C'est ce qu'il fit et posa à contrebas et au-devant du refuge. Nous le suivîmes des yeux et aussitôt ça se rebâchait encore plus intensément. Les plus optimistes (dont je faisais parti) pensaient qu'un autre créneau allait s'offrir à eux mais il fallait attendre. Certains avaient pris la décision de redescendre en marchant car ils n'y croyaient plus ou pour ne pas rentrer trop tard au refuge. Personnellement, j'y croyais à ce vol car sur le versant EST et derrière nous ça s'éclaircissait. Manu était resté aussi à espérer. La patience et l'espoir nous a donné raison, progressivement ça se débâchait et nous avons pu faire notre envol malgré un léger vent de cul (quelques  photos  du  vol  pas  mal  non ? ici Manu en vol et à l'attero ).   Je suis arrivé fracassé au refuge ... la fatigue et l'altitude ne m'a pas ouvert l'appétit mais m'a rendu plutôt nauséeux. Comme je ne m'étais pas alimenté, ni hydraté et en regard des efforts physiques que j'avais fourni, je devais m'alimenter et surtout boire tant soit peu pour demain le grand jour. Céphalées, nausées, fatigue intense .. c'est dans cet état que je me suis retrouvé dans le dortoir à chercher une place pour dormir ... quel bien grand mot !!!  Je ne pense pas avoir honoré ce mot ..  nuit blanche est plus adapté. Pour combler la nuit, j'avais eu de grosses difficultés à m'oxygéner à cause de problèmes de sinus et pour couronner le tout, j'avais eu droit à des débuts de crampes qui venaient me titiller .. heureusement que j'étais sous régime "Asprine Ph 8" depuis 3 jours sinon bonjour les dégâts.  Bref, le "réveil" était pour 6 heures avec départ à 7 heures. Petit déjeuner pris avec la face "enfarinée" nous partîmes à l'assaut du Breithorn. J'étais le dernier à être prêt, certains étaient déjà parti 10 minutes avant. Je ferme la marche avec Ariane .. quel bonheur qu'elle soit avec moi .. sa présence m'apportait un soutien psychologique. Notre objectif commun était d'aller jusqu'au bout, à notre rythme. Je n'avais pas omis cette fois d'emporter avec moi une bouteille d'eau. Je m'hydratais régulièrement en faisant de petites pauses pour récupérer et faire baisser le rythme cardiaque. Sur le parcours, la tige qui règle mes crampons casse ... je dois les ôter et marcher sans accroche ce qui me contraint à fournir des efforts supplémentaires par l'effet de glisse. Ariane me sera d'un grand secours au bout d'un certain temps en me prêtant ses bâtons pour faciliter l'avancée vers le Breithorn. Tant bien que mal, avec souffrance mais sans décrocher mentalement je suis tout prêt du but .. juste en dessous et à une centaine de mètres du sommet et de ceux qui avaient déjà étalé leur voile. Exténué mais avec volonté j'y crois encore, je m'accroche, je suis les pas d'Ariane, je prends le temps de bien respirer profondément, nous doublons même des gars du groupe qui posaient pour souffler tout en tentant de persuader un gars qui lâchait physiquement et mentalement. Il ne reprit d'ailleurs jamais la marche vers le haut alors qu'il était si prêt du but. Pour moi ce n'était pas encore gagné et ça se compliquait avec cette dernière bosse à gravir et qui était de plus en plus verglacée. Je glissais de plus en plus souvent avec le risque de dévaler la pente. Si jusque là, les batons m'ont été très précieux, ils ne suffisaient plus. Voyant cela, Ariane m'a encore une fois été très solidaire et utile en me traçant le passage avec ses crampons pour que je puisse y mettre mes pieds.  Très proche du déco, je vois mon ami Manu qui décolle sous les encouragements de Thierry. Enfin !!!... Ariane et moi arrivons au sommet.... Ariane est ovationnée par les organisateurs (Thierry et Pierre) parce qu'elle avait atteint l'objectif. Moi, dans ma tête, je lui dédiais cette ovation pour ce qu'elle m'avait apporté. Si j'ai atteint le sommet, c'était en grande partie grâce à elle. Dès notre arrivée, nous étions sollicités à vite déplier l'aile et à se mettre en l'air pour profiter des conditions encore acceptables (le risque était que ça forcisse trop et que ça ne devienne plus possible de décoller sans se mettre en vrac). Le vent était travers gauche et par moment s'était fort. Je déplie mon aile... elle se met à glisser dans la pente. J'avais à contrôler les suspentes et vérifier s'il y avait des tours de sellettes. Je n'y arrivais pas .. l'aile n'arrêtait pas de glisser et je ne pouvais rien contrôler. J'avais la pression de me préparer vite pour ne pas décoller trop tard. Je glissais sur la pente avec mes chaussures. Je n'avais pas d'expérience de ces conditions d'autant qu'il fallait en plus gérer le sac de portage qui était à mettre par dessus le sac sellette. Je m'y prends comme un manche, je m'énerve...... Thierry me vient en aide et me fait entendre que je m'étais très mal préparé avec le matériel (je ne devais pas laisser les crampons en extérieur du sac et me donne des conseils de base comme: me mettre dans la sellette avant de déployer l'aile pour éviter le risque d'envol de l'aile sans le pilote). Il me rangea les crampons dans le sac, il me garda le piolet qui s'était détaché aussi de mon sac ... le vrai bordel quoi (je n'ose pas imaginer le piolet qui se détache en vol pour finir sur une piste de ski ...). Il m'aide à contrôler l'aile et à me placer pour décoller dos à la voile, la tentative est désastreuse. Je ne le sentais pas du tout ce déco dos voile car je n'étais pas en état de contrôler quoi que ce soit sur ce sommet glissant et ce vent de travers .... d'autant que physiquement j'étais au bout et psychiquement je ne supportais plus la difficulté (j'étais en perte de contrôle). Ma solution était de me mettre en face voile.... il fallait que je vois ce qui se passe.... je le dis à Thierry qui entend, comprend ... il m'assiste en me tenant le bord d'attaque. Il me demande d'être plus Zen et d'attendre le moment le plus propice à décoller. Il m'est d'un soutien mental et se montre sécurisant. Avec la technique face voile je me sens plus serein et une technique plus adaptée pour ce type de décollage dans des conditions pareilles.  J'attends le moment plus calme en aérologie. Je sens le moment propice pour décoller, je l'annonce à Thierry qui me tient toujours le bord d'attaque .. j'ai mes élévateurs avants dans la paume de ma main droite et les freins en dragonne autour de mes poignées ... je bascule mon corps légèrement en arrière tout en tirant légèrement les élévateurs, l'aile se lève d'une grande facilité .. je m'acance légèrement vers elle et je mets du frein pour la ralentir,  je me tourne aussitôt pour descendre la pente avec l'aile au dessus de ma tête... j'entends  la voix de Thierry qui m'encourage à continuer tout en me rassurant que tout est ok et que c'est très bien  Youpi !!!!!!!   ça y est ....  je suis sous "aile" (ultralite de chez ozone). Il me reste à gérer mon vol pour atteindre l'ultime but: l'atterrissage. Entre temps, il faut faire des choix, j'ai changé de cap 2 ou 3 fois pour éviter cables ou autres obstacles. Je suis très mal dans ma sellette à cause du poids de mon sac de portage qui me déséquilibre en arrière et m'impose une position très inconfortable. J'ai mal au dos car je lutte .. je suis obligé de me tenir aux élévateurs avants pour basculer vers l'avant et être dans une position de pilotage plus académique. Ces conditions de vol ne m'ont pas empêché d'apprécier pleinement ce fabuleux vol de plus de 2000 mètres de dénivelé. Encore une fois c'est ma faute, la veille on m'avait donné conseils d'utiliser deux mousquetons pour relier mon sac de portage à la sellette afin que ce soit l'aile qui porte le sac et non mon corps. Je ne l'avais pas fait car j'ai été préoccupé à autres choses qu'à cela. C'est une expérience qui me permettra, je pense, d'être plus autonome et surtout plus pratique dans ce type d'aventure. Finalement je pose sur un terrain qui comporte quelques obstacles rocailleux. Ce ne fut pas le meilleur des choix mais j'ai bien géré pour poser comme une plume en prenant soin d'éviter ces obstacles qui m'auraient fait un accueil traumatisant. Certains pilotes avaient décollé après moi, j'ai pu prendre quelques photos de Pierre en approche posera tranquille), Ariane en approches'aligne et pose, Thierry flane près du relief pour ensuite poser. La journée se termine autour d'une pizza géante et un peu de bière au pourtour d'un attero improvisé par certains. Finalement, il était l'heure de se dire aurevoir. Chacun repris le chemin du retour heureux semble t-il d'avoir vécu ces moments forts. Sur le retour, Thierry nous a parlé de ses épopées et projets aventureux. Manu et moi avons exprimé notre grande satisfaction d'avoir été là, ce week end avec eux. Ce fut une réussite dans l'organisation (jamais simple avec autant de participants). L'ambiance fut très bonne, avec beaucoup de simplicité. Il va falloir que je m'entraine sérieusement pour pouvoir prétendre à faire d'autres sorties en haute montagne avec une équipe pareille. Merci à tous !!  Mes photos ICI